dans le plan, 2017

sol peint
64 m2
salle 3, Institut d’Art Contemporain, Villeurbanne

vue de l’exposition Rendez-vous / Biennale de Lyon 2017

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commissariat : Isabelle Bertolotti, Thierry Raspail, Nathalie Ergino, Emmanuel Tibloux,

assistés de Magalie Meunier

photos : Blaise Adilon

miroirs et courriers posés au sol : Éléonore Pano-Zavaroni

 

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Extrait d’un e-mail envoyé le samedi 24 juin 2017 à Magalie Meunier, alors chargée des expositions à l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne et assistante des commissaires de l’exposition Rendez-vous en 2017.

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« Je travaille toujours in situ. Le repérage est une étape clé de mon travail. C’est là qu’a lieu la découverte, de l’espace d’exposition, du contexte, de l’équipe, etc. C’est le reflet d’un moment, de circonstances auxquelles je donne une importance. Je viens avec peu de choses : un appareil photo, un nuancier de peinture industrielle, un mètre ruban, du papier, des crayons… J’observe. Et essaie de valoriser cette observation dans un travail artistique, pour qu’elle apparaisse dans la rencontre avec le visiteur.

Quand je suis venue à Villeurbanne le 11 mars dernier, l’IAC préparait l’exposition d’Ann Veronica Janssens. Ses œuvres n’étaient pas encore là. J’ai profité de l’espace vide et lumineux. J’ai fait plusieurs relevés, j’ai remarqué des choses. Et puis, quand je lui ai demandé les plans du lieu, Juliette, qui m’a accueilli ce jour-là, m’a donné 4 plans couleur, format A4.

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Parfois un seul repérage ne suffit pas à déterminer une piste de travail, mais ce premier repérage à l’IAC et les conditions de l’invitation ont petit à petit dessiné un projet, un désir. L’enjeu pour moi était de maintenir l’approche et l’expérience in situ, de penser au passage une relation au white cube (chose pas évidente pour moi, car selon les lieux que je rencontre, je me raccroche parfois à des éléments décoratifs et ornementaux, ici, dans une certaine mesure, assez peu présents) et de réfléchir une solution relativement souple en regard du contexte. Peu à peu, le plan du lieu a pris de l’importance, aussi parce qu’au fil de mes recherches, je m’y suis rapportée souvent.

Peu à peu, je l’ai vu.

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J’ai alors imaginé qu’on pourrait transposer le plan à l’échelle 1. J’ai développé cette proposition, considéré son potentiel du côté de la spatialisation et de la recherche colorée. Comment reproduire la transparence du feutre bleu, la couleur du stylo bille ? Comment faire avec les autres annotations, qui apparaissent sur le plan légèrement pixellisées et qui correspondent à un autre traitement/temps/enregistrement ? J’ai calculé ce que ça ferait dans/à l’espace, en terme d’échelle. Par exemple, si le projet se réalisait dans l’espace n°1, l’amplitude du métrage carré entouré qui mesure sur le plan A4 à peine plus d’1 cm, donne une forme à l’échelle 1 de presque 5 mètres de diamètre. Ça agrandit 500 fois, comme le plus fort grossissement d’un microscope. C’est comme si l’espace en question hurlait ses dimensions, ses propriétés, mais que ce geste, en soi, en modifie en même temps notre perception. Aussi, le faire à l’IAC me parait maintenant en lien avec les choix qui ont été fait dans ce lieu concernant le sol et qui rendent possible des interventions directes, ce qui est rare. Le sol soulève toujours des questions. C’est souvent un espace à négocier. Ces dernières années, j’ai réalisé plusieurs travaux peints au sol, que je voudrais regrouper dans un ensemble qui pourrait s’appeler « on marche dessus » ou quelque chose comme ça. La proposition pour l’IAC pourrait en faire partie. Si elle se réalise, on pourra marcher dessus !

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Il faut comprendre aussi que je suis peintre. La couleur est prétexte à aventures. La découvrir à travers des expérimentations et revenir souvent à la théorie de la couleur a construit mon travail.
Pour l’IAC par exemple, si on prend le tracé au feutre bleu qui apparaît sur le plan, qu’on reproduit la couleur exactement, y compris dans sa transparence, il apparaîtra différent au contact de la couleur du sol actuel (vert si on s’en tient à la maquette très rapide que vous trouverez plus bas). Idem pour la matité. Le papier est blanc mat. Le sol gris-sable de l’IAC est brillant. Il faudrait accepter les caractéristiques pour penser le changement d’échelle, le passage de l’un à l’autre, comme la vision microscopique fait apparaître des éléments qui étaient invisibles à l’œil nu.

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Dans un passage de l’Aleph, Jorge Luis Borges a imaginé une carte à l’échelle 1/1 qui recouvrirait le paysage et coïnciderait avec lui en tout point. Après lui, beaucoup ont déliré sur cet impossible. Mais il se peut que son hypothèse soit viable si la carte est peinte.

La chose est psychédélique !  »