/ Philippe Eydieu

 

Comme on peut rêvasser appuyé au bord d’une fenêtre, l’oeil de Marion Robin navigue au bord du réel, ouvrant la plupart du temps sur une gémellité du paysage, un double illusionniste qui se fait image dans l’espace et espace dans l’image. Et c’est de cette façon singulière de percevoir l’environnement que naissent ici et là ses différents projets in situ : tantôt un prolongement de l’espace, tantôt une mise à plat de l’architecture, tantôt l’accentuation d’un phénomène de réflexion du paysage. Elle s’emploie à (re)dessiner patiemment un fragment de réel, lui conférant une seconde peau. L’environnement devient alors la maquette ou encore le patron de ses expérimentations. Dans la majeure partie de ses interventions, Marion révèle une vision personnelle d’une architecture ou d’un paysage à partir d’un point de vue donné, avec comme outil principal la peinture. Et c’est cette même peinture apposée avec précision à l’environnement qui permet au visible de s’imposer de nouveau par lui-même. Pour autant, cette démarche pleine d’humilité n’indique pas une volonté de modifier l’espace, mais bien plutôt de jouer avec lui afin d’inventer une manière nouvelle de montrer les choses, de pointer ça et là un détail de paysage, naturel et/ou urbain, intérieur et/ou extérieur, pour finir par s’inscrire dans un nouvel intervalle spatio-temporel. Et quand le lieu d’exposition se fait absent, l’artiste s’invente un monde répondant au vocabulaire optique qui est le sien. La maquette et la photographie deviennent alors les supports de ses préoccupations, comme l’ombre projetée d’espaces fictionnels à venir.